Le Vexin, territoire discret du vin

Situé entre Ile-de-France et Normandie, le Vexin, souvent plus connu pour ses paysages de bocages, ses maisons de pierre et ses villages pittoresques, cache une histoire viticole très ancienne. Si les vignes actuelles sont une rareté, il fut un temps où leur culture s’inscrivait dans l’identité même du territoire. Retour sur l’histoire des cépages qui faisaient la réputation du Vexin, et sur ceux qui renaissent actuellement, portés par des passionnés qui redonnent vie à ce patrimoine.

Le Vexin, aux sources de la viticulture française

Partagé entre Vexin français (Val-d’Oise, Yvelines) et Vexin normand (Eure), ce territoire a longtemps fait partie des zones de production viticole les plus septentrionales de France. Dès l’Antiquité, la présence de vignes est attestée par les historiens et archéologues. Mais c’est bien au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime que le vignoble du Vexin atteint son apogée, avec des milliers d’hectares de vignes jalonnant les coteaux de la Seine, de l’Oise, de l’Epte ou de la Viosne.

Quels cépages dominaient les vignes du Vexin ?

La diversité des cépages du Vexin était à l’image du pragmatisme des vignerons locaux : robustesse, précocité, productivité et résistance au climat étaient essentielles. Trois familles de cépages s’imposaient particulièrement.

Les cépages noirs, majoritaires : le gamay et le pinot noir

Les cépages blancs, souvent oubliés : menu pineau et meslier

Diversité méconnue : cépages locaux et hybrides anciens

À retenir : dans le Vexin, l’assemblage (encépagement mixte au sein de la parcelle) était la règle plutôt que l’exception, donnant des « vins de mélange » adaptés aux variations du climat local (Musée du Vigneron).

Les facteurs du déclin viticole au Vexin

Plusieurs causes combinées expliquent la quasi-disparition des vignes dans ce territoire au tournant du XXe siècle :

  1. L’urbanisation de l’espace : Avec le développement de la banlieue parisienne et l’exode rural, les terres viticoles du Vexin sont progressivement converties en vergers, en prairies ou en terrain à bâtir.
  2. Le phylloxéra : Cette maladie, arrivée dans le Vexin vers 1890, anéantit en quelques années la majorité des parcelles (source : Institut français de la vigne et du vin).
  3. La concurrence des vins du sud : L’arrivée du rail permet l’acheminement facile de vins languedociens ou bordelais moins chers et plus alcoolisés.
  4. La perte de la mémoire viticole : Les cépages historiques tombent dans l’oubli, les savoir-faire disparaissent avec la dernière génération de vignerons.

En 1911, le Vexin représente moins de 1% des surfaces viticoles du bassin parisien (source : La Vigne).

Renaissance viticole : quels cépages aujourd’hui ?

Depuis les années 1990, une poignée de passionnés – associations, collectivités et vignerons amateurs – se mobilisent dans le Vexin pour replanter la vigne. Cette dynamique s’inscrit dans une volonté de retrouver une identité territoriale, tout en faisant revivre d’anciens cépages et en adaptant les choix aux nouveaux enjeux climatiques.

Les cépages remis à l’honneur

Le retour prudent de cépages anciens

Les tentatives récentes portent aussi sur des cépages quasi oubliés, dans une démarche expérimentale :

Le Vexin viticole aujourd’hui : chiffres et enjeux

Aucune reconnaissance réglementaire n’existe pour ces vins, qui sont généralement vinifiés selon la législation dédiée aux vins « de France » ou « expérimentaux ». Cette situation ne retire rien à la vitalité du mouvement, fondé sur la convivialité, la transmission et la sauvegarde des cépages anciens.

La production est aujourd’hui très limitée et essentiellement dédiée à une consommation locale ou événementielle (fêtes du vin, marchés, dégustations pédagogiques), rarement disponible à la vente traditionnelle.

La mémoire retrouvée : patrimoine, pédagogie et avenir

La renaissance du vignoble vexinois ne vise pas une reconquête quantitative, mais bien la valorisation du patrimoine vivant. Plusieurs initiatives marquent les esprits :

Préserver et transmettre : enjeux futurs

Aujourd’hui, la filière viticole du Vexin affronte le double défi de la mémoire et de l’innovation : reconstituer un patrimoine ampélographique menacé, comprendre les évolutions climatiques et mobiliser de nouvelles générations autour de la viticulture durable. L’enjeu n’est pas tant de concurrencer les grands vignobles français que de perpétuer un art de vivre, une transmission des gestes et du goût, de la parcelle à la table.

Ce travail collectif laisse entrevoir un avenir où chaque verre de vin du Vexin racontera, en touchant le palais, l’histoire d’une terre modeste mais riche de sens.

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